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Les hors-champs de l’art

 

Cet ouvrage fait suite à un important cycle de rencontres, temps artistiques, expositions, débats et projections intitulé « L’art en difficultés » organisé entre 2004 et 2006 au Couvent des Récollets à Paris, par Valérie de Saint-Do, Nicolas Roméas et l’équipe de Cassandre/Horschamp, avec notamment la complicité de Bruno Boussagol, Samuel Wahl, Madeleine Abassade et Olivier Perrot. Ce cycle qui a connu un grand succès public, réunissait, entre autres, des acteurs et témoins majeurs de ce qu’on a appelé la psychothérapie institutionnelle et de la psychanalyse comme Jean Oury, Marie Bonnafé, Bertrand Ogilvy, Alain-Pierre Peyraud, Manuela de Luca, et de nombreux artistes et acteurs culturels œuvrant dans les différents « territoires de la difficulté » comme Pippo Delbono, Christian Jehanin, Philippe Guérin (Cash de Nanterre), Jean-Jacques Hocquard (La Maison de l’arbre), Christian Sabas (atelier du non-faire), Stéphane Gatti, Jean-Pierre Chrétien Goni, Jacques Miquel (Théâtre du fil), Olivier Couder (Théâtre du Cristal), Anne Toussaint, Franck Esnée, Armand Gatti et bien d’autres….

En décembre 2004 Cassandre/Horschamp réunissait des professionnels de la culture et des chercheurs de haut-niveau au Couvent des Récollets sur le thème de l’art en milieux de relégation. La réflexion s’est poursuivie en 2005, avec une rencontre « Autour de Fernand Deligny » et en 2006 avec « Derrière les barreaux », deux jours de débats et projections consacrés à l’intervention artistique en milieu carcéral. Ce cycle très dense a permis d’explorer, par le débat et la découverte, ce qui se fait de plus sérieux dans le domaine de l’intervention artistique dans les lieux de relégation de notre société, particulièrement le monde carcéral, l’univers psychiatrique mais aussi les lieux d’accueil des « sans domicile fixe ».

Avec « Les hors-champs de l’art », l’équipe de Cassandre/Horschamp propose un outil précieux à l’usage des artistes, acteurs sociaux, soignants, éducateurs, ainsi que des étudiants et des chercheurs travaillant dans ces champs.

Il s’agit, en s’appuyant sur la substantifique moelle de ces rencontres, de publier un ouvrage de référence où figurent des réflexions de fond sur ces sujets, ainsi que plusieurs reportages effectués pour l’occasion par nos journalistes sur les équipes qui effectuent ce passionnant travail de passage entre les univers de l’art et les lieux que nous nommons de la « difficulté ».

Réflexions, actes des rencontres et reportages alternent, afin de ne pas séparer la réflexion théorique des expériences pratiques et leur confrontation.

– AGORA –
Textes de réflexion.
Les intervenants de la semaine « L’art en difficultés » apportent leur témoignage et leur réflexion sur l’approche historique de l’intervention artistique en psychiatrie, le rapport entre les approches artistique et thérapeutique, la place de l’artiste dans des institutions comme l’Hôpital ou la Prison, les modes de relations créés par l’art auprès
de populations en difficulté.

– DÉBATS –
Transcription des actes des trois cycles.
Loin d’un colloque classique, ces débats ont veillé à entretenir la vivacité des échanges et à privilégier la prise de parole de la salle, au cours de journées auxquelles assistaient nombre de personnes directement impliquées par les sujets traités (notamment des patients de l’Institut Marcel-Rivière et de l’Hôpital de Maison-Blanche). L’objet de cette partie « actes » a été, non de synthétiser les débats, mais d’en extraire les temps significatifs.

– EXPLORATION –
Reportages.
Reportages illustrés sur des équipes, des artistes et des lieux spécialisés : le Centre d’Accueil et de Soins Hospitalier de Nanterre, l’Institut Marcel-Rivière, le 3bis F d’Aix-en-Provence, le festival Itinéraires singuliers, la compagnie Aujourd’hui ça s’appelle pas, la Ferme du Vinatier, l’association Puls’art (avec le Centre des jeunes détenus de Fleury-Mérogis), etc.

Avec notamment les paroles et contributions de :
Armand Gatti (La Parole errante) ; Joël Kerouanton (auteur et éducateur au CAT« Cecilia »), Anne Toussaint (réalisatrice), Milko Paris (association Ban public), Jacques Miquel (Théâtre fu Fil), Jean-Pierre Dufranc (chargé de l’action culturelle au SPIP de Fresnes), Franck Esnée (danseur, travaille à la Maison d’arrêt de Besançon), Jean-Pierre Chrétien-Goni (metteur en scène, intervenant à Fleury-Mérogis), Philippe Ripoll (écrivain intervenant en prison), Bertrand Ogilvie (psychanalyste)…

Iconographie : Olivier Perrot (photographe plasticien), La Fabrique d’images (atelier mené par Jean-Christophe Bardot à l’Institut Marcel-Rivière), Sluban Klavdij (photographe qui a travaillé avec des jeunes détenus en France et en ex-URSS) et Olivier Pasquiers (Bar Floréal).

Une bibliographie et un annuaire des acteurs et des ressources complètent l’ouvrage et en font un formidable outil de travail pour tous ceux qui travaillent sur ces questions.

Extrait de l’introduction

Le travail d’équipe que nous menons depuis 1995 autour des relations entre les pratiques de l’art et les questions posées par la société contemporaine, nous a permis de faire se croiser différents parcours qui peuvent souvent demeurer parallèles. Et de tenter de les appréhender dans une vue d’ensemble, par rapport à une vision du monde et de son avenir.

Nous le faisons à notre mesure, hors de toute confusion ; dans le but, certes ambitieux, d’approfondir et d’élargir le regard que nos contemporains portent sur ce que l’on appelle « art ». Ce lieu symbolique mystérieux, presque impossible à définir, où semblent être portées jusqu’à nous des valeurs profondes et archaïques, essentielles à l’humanité.
C’est une démarche singulière, qui étonne parfois tant elle fait se rencontrer de domaines, d’équipes et de personnes qui évoluent la plupart du temps dans un champ et un milieu précis, délimité.

L’idée n’est évidemment pas d’inventer un « syncrétisme » artificiel, ni de tout mélanger dans tous les sens. Non.
Dans une période de notre histoire où une pensée utilitariste envahit les esprits de façon très inquiétante, une période où l’on considère de moins en moins la vraie fonction sociale de l’art – et, de façon générale, de tout ce qui appartient à la sphère du symbolique -, l’idée est d’en mettre en lumière un usage qui ne le cantonne ni au divertissement ni à une production de type commercial.

Il faut donc repartir des fondamentaux. Et revenir aux sources d’une pratique originellement collective, qui – comme dans d’autres domaines – à une forte tendance historique à s’individualiser, à se professionnaliser, à se « spécialiser » de façon excessive, et à ne plus nous offrir que deux possibilités : la production d’un côté, la consommation de l’autre.

Nicolas Roméas