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Un témoignagePar Georges Chabrol
REGIE NATIONALE DES USINES RENAULT-BILLANCOURT
Avant Propos Ce texte se veut avant tout un témoignage. C’est le vécu de la personne qui vous le présente. Il veut également rendre hommage aux ouvriers qui ont souffert, et même, pour beaucoup trop d’entre eux, ont laissé leur vie. Hommage également aux militants syndicaux qui, au prix de beaucoup de sacrifices - vie privée, vie professionnelle (absence de promotion)- ont payé le lourd tribut de leur engagement. Depuis plusieurs mois, je pense à écrire un texte. Après avoir raconté quelques anecdotes à mon entourage, lequel m’a encouragé à le faire. Je me décide enfin
Le matin du 10 août 1962 à 8 heures, Georges est attendu au Bureau d’Embauche des Usines Renault Billancourt. La veille, il a quitté les parents en vacances en Haute Marne. Pour lui, les vacances sont terminées, il entre dans la « vie active » , comme on disait alors. Il a dix-huit ans, il se présente à l’heure convenue, muni de la lettre de recommandation d’un dirigeant de l’usine. Il faut savoir qu’ à cette époque-là, on n’entrait pas facilement dans l’entreprise nationalisée. Au Bureau d’Embauche, il est reçu par Monsieur Petit. Un Monsieur assez ! enveloppé, affable, très père de famille. Il prend connaissance de la lettre de recommandation, fait quelques commentaires agréables sur la personne qui l’a écrite, sur le jeune Georges. Puis s’adressant au jeune que je suis, il me signale qu’actuellement, il n’y a pas de poste de chaudronnier ou de tôlier, métier appris en trois ans en apprentissage. Par contre, s’il accepte de se former comme tourneur outilleur à l’atelier des jeunes professionnels, il peut examiner son entrée à l’usine. En ce temps là, on refusait rien, on écoutait - Papa - maman- : (il faut bien rire un peu !). Donc, son caractère impulsif et direct lui fait dire OUI. Dans l’heure qui a suivi, il a passé la visite médicale d’embauche, puis à la photographie pour la carte d’entrée à l’usine (aujourd’hui, le badge). Ces formalités remplies, M. Petit l’accompagne sur les lieux où il va faire ses premiers pas dans l’entreprise. Impérissable en sa mémoire, le mélange des odeurs. Nous franchissons la grille Zola - ne cherchez pas, elle n’existe plus- Billancourt est rasé-. À Zola, donc, à droite, le restaurant d’entreprise, avec les odeurs de frites. À gauche, les odeurs de ferrailles et d’huile d’usinage. Oh ces odeurs, je les connais, je les sentais déjà lorsque môme, les copains et moi, allions demander aux ouvriers des roulements à bille pour construire nos traîneaux. Là, nous avons tourné une page, là c’est du sérieux. Le petit Jojo se retrouve au premier étage dans l’atelier des J. O. (jeunes ouvriers). Il est présenté au Cher d’atelier, Monsieur Gasparoux, un monsieur, la cinquantaine, au sourire moqueur, Jojo se dit : « On va pas être copains, c’est la première impression ». Il a envie de partir en courrant. Mais rappelons-nous, à l’époque, ça ne se fait pas, on obéit et on se tait. * * * Pris en mains par Gasparoux, il indique à Georges la machine, le tour, sur lequel il va apprendre son nouveau métier. Passons sur les divers avatars de cet apprentissage, prises de gueule, remontrances des uns et des autres. Surtout le Chef d’équipe, qui attendait la paye, et surtout la retraite. L’après-midi, il ronflait sur son bureau. Le Georges, comme cité plus haut, ne tenait pas en estime ces personnages, qui le lui rendaient bien d’ailleurs. D’autant qu’il avait été à l’origine de deux débrayages pour abus de sanction, à l’égard de jeunes de l’atelier. Lorsqu’après le service militaire, après l’interruption de 16 mois, Georges se représente au Bureau d’embauche, pour reprendre son emploi, un certain Monsieur Marchandise le fait patienter trois jours sur un banc de ce Bureau d’embauche. Au bout de ces trois jours, il est enfin reçu par ce Monsieur Marchandise. Question : « Avez-vous été dans la marine ? » Réponse : « Non ». (Ce devait être un ancien marin). ! Question : « Voulez-vous revenir chez Renault ? » Réponse : « Oui Commentaire : Attention, si on vous reprend, pas de politique - Pas de syndicat ! » Réponse : « Je n’y entends rien ». * * * Le pauvre ne sait pas encore que Georges sera un des dirigeants du Syndicat Renault-Billancourt. Georges non plus, d’ailleurs. * * * Il pense qu’à différentes époques, chez Renault, on favorisait l’appartenance, c’est grave (ça n’engage que lui). Il y a eu la période corse, bretonne, etc. Lui, boulonnais, n’avait aucune chance. Donc, il n’était pas marin, il était Cavalier au 501 RCC de Rambouillet, lui aussi disparu. * * * « Je vais vous envoyer au Dt 70 », lui dit M. Marchandise, « vous y serez bien, c’est un département de petites séries, situé place Nationale ». * * * Au bout de trois jours, il se présente au Dt 70, reçu par M. Weiss, Chef d’atelier, un vrai, ancien apprenti Renault, le genre d’homme qui impose le respect, un homme de caractère. La vie réserve des surprises agréables, quand même. Le Monsieur Weiss, vu son âge, a vécu la deuxième guerre mondiale. Peu de temps après son arrivée au dans son atelier, et connaissant son adresse et son quartier, il lui pose la question sur des habitants de l’immeuble où il habite chez ses parents. En l’occurrence des commerçants, marchands de parapluie, des gens adorables qui l’ont gâté quand il était gamin. Ces gens, mon chef les a bien connus, ce qui a eu pour effet de créer non pas de la préférence ou de la complaisance à mon égard, mais un lien de confiance. Aussi, lorsque je lui ai demandé de passer Professionnel P1, il a répondu sèchement : « Est-ce que tu en es capable ? » Réponse : « Oui ». Ce qui fut fait quelques mois plus tard après avoir passé au sous sol du Bureau d’embauche, et encore, il le soupçonne d’avoir téléphoné pour lui donner le point qui manquait pour avoir la moyenne. ) * * * Pendant la période et le bout de chemin à l’atelier de M. Weiss et les copains de cet atelier, nous étions encore dans la période et la mentalité d’après-guerre. Les rapports ouvriers-chef étaient comment dire... marqués par le respect . Il n’y avait pas de clivage. Bien sûr, ce n’était pas vrai partout en 1962, quand Georges est entré à l’usine. C’était une ville dans la ville, 42.000 mille personnes, des feux rouges aux carrefours intérieurs, une ligne de chemin de fer traversait l’usine... Tout le monde avait ses règles intérieures. Coupé de l’extérieur, l’ouvrier avait le sentiment de laisser son identité à l’extérieur à la porte de l’usine
En janvier 1968, Georges est Régleur outilleur professionnel de niveau 1. Ce travail consiste à régler les machines-outils des ouvriers spécialisés qui eux vont effectuer l’usinage des pièces à produire. Il est toujours dans le même atelier, mais au premier étage, avec un contremaître avec qui il s’entend. Il a réglé les machines de trois femmes et deux hommes. Avec les femmes, il a eu des parties de rigolade, elles le taquinaient lorsqu’il restait trop longtemps à s’occupe ! r de la machine outil de l’une par rapport à l’autre. J’étais suspecté d’avoir des préférences. En janvier, le délégué CGT du département où il était employé le contacte pour adhérer au syndicat. Sans attendre sa réponse, il met une carte d’adhérent dans la poche supérieure de sa blouse. N’aimant pas ces méthodes, il reprend la carte et la déchire sous ses yeux, ajoutant que s’il désire adhérer à son syndicat, il le ferait quand il l’aurait décidé. Quelques mois plus tard, Georges s’inscrit au syndicat CGT Renault en expliquant qu’il ne veut pas être qu’un simple payeur de timbre, mais veut militer, se rendre utile. Ces dans ces conditions que sa vie chez Renault s’est modifiée. D’une part, il a perdu son poste de Régleur outilleur lorsqu’il est devenu Délégué du personnel le 1er janvier 1968. Le contremaître a prétexté qu’il serait moins « disponible » pour la production, que ses fonctions d’élu du personnel l’obligeront à se déplacer souvent. Enfin, qu’il faisait une erreur. À partir d ce moment-là, il est revenu à son métier e Tourneur-outilleur P1 sur machine individuelle, où on lui donnait à usiner les pièces les moins urgentes - au placard, en quelque sorte -. Pour la promotion à Chef d’équipe d’atelier ou le passage à l’échelon P2, au revoir. * * * Sa promotion syndicale, par contre, a été fulgurante. Délégué du personnel, il est également membre du Comité exécutif du syndicat CGT Renault, c’est à dire membre de la direction de ce syndicat. Vers le mois de mars 1968, il devient membre du Bureau, avec les Secrétaires du syndicat lors du Congrès de ce syndicat. * * * Avec ces fonctions, il n’a effectivement pas été souvent au pied de sa machine. Par contre, on a pu le voir prendre la parole pour dénoncer toutes les attaques que les travailleurs de son département subissaient, brimades pour insuffisances de production. Il faut savoir qu’à ce moment-là, nous devions fournir un nombre de minutes de travail dans un mois, appelé « Banque des minutes ». Dans d’autres secteurs de l’usine, comme à la chaîne de l’Île Seguin, ou celle des moteurs, c’étaient des cadences à tenir, tant de voitures /jour, ou tant de moteurs/jour. Les sanctions allaient de la mise à pied, ou le déclassement, quand ce n’était pas le renvoi. Je ne parle pas des réflexions désobligeantes ou déplacées qui précédaient ces sanctions. Il fallait chaque jour en ce temps se battre pour être respecté, pour gagner un peu de liberté
Je ne parle pas des revendications plus générales au monde du travail, comme la défense de la Sécurité Sociale que l’on voulait déjà, dans certains milieux, faire disparaître ; la réduction du temps de travail, la retraite à 60 ans et à 55 ans pour les femmes et pour ceux qui effectuaient des travaux pénibles. Chez Renault, c’étaient les ouvriers des fonderies, les forgerons, les peintres et ceux des chaînes de montage qui avaient un travail pénible. Toutes les luttes sur ces thèmes étaient, quoiqu’en disaient ceux qui étaient de ce monde du labeur, qui pensaient qu’on exagérait ces soucis et qui pensaient aussi surtout que nous devions vivre en esclaves, les « pue la sueur », comme Georges a eu l’occasion de l’entendre à plusieurs reprises. Ce à quoi il répondait : les « pue la sueur » sont respectables, car ils vous font vivre. Comme à ceux qui pensaient qu’un ouvrier n’a pas de culture générale : un ouvrier, même si ses moyens ne lui ont pas permis de poursuivre ses études, ça ne l’empêche pas de se cultiver en autodidacte, soit en peinture, en musique, en lecture en littérature... Ces méprisants ne savaient pas de quoi ils parlaient, ils répétaient ce qu’ils entendaient : les pauvres gens, c’est eux ! À ce propos, les Comités d’Entreprise ont énormément contribué à l’éducation culturelle des ouvriers, avec les bibliothèques, les propositions de sorties aux musées, expositions, spectacles ou l’alphabétisation des travailleurs immigrés, enfin des choses qui allaient dans le bon sens. Dans ces années-là, même si c’était dur, (ça l’a toujours été), on ne connaissait pas les grands fléaux d’aujourd’hui (drogue, racisme, haine, indifférence)... Alors oui, c’est vrai, le monde a changé. Dans ces conditions de mépris, comment ne pas parler de luttes des classes ?
Depuis plusieurs semaines déjà, chez Renault, nous connaissons des luttes avec arrêt de travail pour obtenir satisfaction sur un certain nombre de revendications non abouties. Et cela aussi bien à Billancourt, qu’à Cléon, qu’au Mans ou qu’à l’usine de Flins. Je ne reviendrai pas sur les événements qui ont précédé, la lutte des étudiants et la répression qui s’ensuivit. Tout ceci, les mois qui ont suivi mai 68, a été largement décrit et rapporté. Il y a eu à ce propos assez de polémique. Mon propos est d’expliquer comment nous avons vécu à Billancourt 33 jours et 34 nuits d’occupation de Billancourt de notre usine,. Le lundi 13 mai, un appel unitaire des centrales syndicales demande à tous les salariés de réagir A la répression policière dont est victime la jeunesse estudiantine. Cet appel demande également la satisfaction des revendications dans les entreprises, et la défense de la Sécurité Sociale menacée par des ordonnances visant à réduire la couverture maladie. Sous-jacentes à ces revendications, il y avait aussi les libertés syndicales dans les entreprises : à cette époque, il n’est pas bien vu d’être engagé syndicalement, encore moins politiquement. Dès que tu as franchi le seuil de l’entreprise, tu n’es plus un citoyen. J’ajoute, es-tu encore un être humain ? Le 13 mai rassemble plus d’un million de personnes dans la rue. La manifestation à Paris dure plus de douze heures, du matin jusqu’au soir à 22 heures passées. Du jamais vu depuis 1936, aux dires des plus âgés d’entre nous. Le lendemain 14 mai, les commentaires vont bon train dans les ateliers. En tant qu’élu du personnel, Georges est à l’écoute de ce qui se dit dans les différents ateliers du département 70. Beaucoup pensent qu’il faut y aller, se mettre en grève illimitée. D’autres pensent à l’occupation de l’usine. D’autres encore sont pour ne pas bouger, les impots à payer, les dettes de la maison... Enfin des raisons qui les freinent. Le mouvement syndical est lui aussi dans une situation confuse ou plus exactement, pris dans une situation compliquée, avec des groupes extrémistes, que l’on a appelé gauchistes, que l’on a montrés comme étant des ennemis du combat ouvrier.. Par ailleurs, les partis politiques de gauche ne trouvent pas de solution commune pour rassembler le pays derrière eux. Et toujours, un patronat intransigeant et des petits chefs qui pensent avoir tous les droits sur ceux qu’ils commandent. Le président de la République est un général qui le 13 mai, a entendu « 13 ans ça suffit ». Voilà en gros la situation des ouvriers du pays en mai 1968. * * * Pour tout arranger, il y a confusion aussi créée par les bruits les plus contradictoires les uns que les autres. C’est par exemple l’usine de Cléon qui est en grève illimitée, ou l’usine du Mans qui est occupée. Au niveau du secteur de Georges, beaucoup d’ouvriers le sollicitent, le pressent de lancer un mot d’ordre. Jeune, novice qu’il est dans la conduite des luttes, il leur explique qu’une consultation est en cours au niveau du syndicat de Billancourt, qu’un mot d’ordre sera donné si les conditions d’une approbation majoritaire sont réunies est si un front syndical commun est réalisable. Le mardi 14 et le mercredi 15 mai sont deux journées où la production tourne pratiquement au ralenti. C’est la discussion par petits groupes ! ici et là qui domine. Les chefs sont un peu perdus, ils ne savent pas trop quoi dire, ils n’osent pas, ce qui est surprenant, venir interrompre les groupes formés dans les ateliers. Le 16 mai 1938 à 13 heures, à peine Georges a-t-il remis le contact de sa machine outil en route qu’un groupe vient l’interrompre, disant : « Ça suffit, on s’arrête, on va défiler dans l’usine et tout arrêter ». Que faire, les empêcher ? Monter sur une estrade de fortune pour calmer leur ardeur ? Georges s’en remet aux plus anciens, expérimentés. Ils lui sont d’un précieux secours, car Georges en a vu certains, très énervés, qui l’auraient volontiers fait tomber de son estrade. Ainsi, c’est parti, comme cela du Département 70 à Billancourt aux usines Renault. Ce 16 mai 1968 à 13 heures : une chance pour ! nous, parce que nous ayons été suivis, car au cas où les autres départements de l’usine ne nous auraient pas emboîté le pas, les sanctions que nous aurions suivies auraient sans doute été sévères. Toujours est-il que quelques jours plus tard, 10 millions de grévistes avec la plupart des usines occupées, le pays est bloqué. Dit comme cela, c’est simple. Dans la réalité du vécu, cela s’est fait avec malheureusement, des coups de poing, échangés ça et là dans certains secteurs, car beaucoup d’ouvriers n’étaient pas pour l’occupation de l’usine. Georges lui-même s’est fait interpeller par un secrétaire du syndicat : « Tu t’es fait déborder ! » lui a-t-il lâché en le croisant. Finalement, à 17 heures, toute l’usine est rassemblée dans l’Île Seguin pour voter à main levée la grève illimitée avec occupation. Ce qui provoque encore quelques bousculades. Finalement, quelques-uns rentrent chez eux et le plus grand nombre reste les premières nuits et jours. Chacun dans son secteur organise l’occupation. Les responsabilités syndicales de Georges, sont alors de contrôler la Porte de la place Nationale. Il s’appuie pour cela sur le collectif de la section syndicale du Dt 70 et celle du Département 55, Dt voisin. Nous prenons notre tour de garde, en appliquant la consigne de ne laisser entrer que les membres du personnel de l’usine. Le mot d’ordre est : « Protégeons l’outil de travail » afin de ne pas être accusé de dégradation. * * Etant dirigeant du syndicat pendant toute la durée de la grève, Georges va partager son activité entre les réunions au syndicat et les prises de décision concernant la conduite de la grève. Et ses tours de garde la nuit à la porte Nationale. Il tient le coup, mais hélas, l’euphorie des premiers jours s’estompe. Nous sommes au fil du temps moins nombreux aux portes de l’usine, surtout lorsque l’essence est revenue en circulation. Le week-end de l’ascension, les CRS auraient pu nous déroger sans rencontrer de résistance. Ce jour-là, Georges en a appris sur la nature humaine. Comme il a aussi appris, les jours où il n’avait pas pu prendre son temps de repos, ou lorsqu’il a dû aller faire le service d’ordre, lors de la distribution de l’aide alimentaire où les plus agressifs étaient ceux que l’on ne voyait pas monter la garde à l’usine. Ils attendaient tranquillement chez eux que cela se termine. Mais ils n’ont pas refusé les acquis, comme les augmentations de salaires, les congés supplémentaires. Nous sommes toujours en lutte lorsque Georges Séguy vient prendre la parole devant les salariés de Billancourt. Sur la passerelle mythique de l’Île Seguin.
Au regard de ce qu’à Renault, on a déjà obtenu par d’autres ! luttes, cela ne nous convient pas et les ouvriers de Billancourt le lui font comprendre par des clameurs peu flatteuses. Bien sûr, il ne faut pas être égoïste et penser aux millions d’ouvriers et employés dans petites et moyennes entreprises pour les quels l’augmentation du salaire et les droits syndicaux sont des avancées considérables. Après Grenelle, les entreprises vont alors l’une après l’autre se remettre à fonctionner. Pour Renault, le travail reprendra début juin 1968. Au Département 70, La section syndicale CGT, en accord avec la section syndicale CFDT (FO suit notre démarche), nous décidons de réunir au réfectoire toute la direction de notre Département (la Maîtrise), avec une très large délégation du personnel. Pour certains chefs, la crainte est é evidente, ils savent que le rapport de forces est en notre faveur, et qu’ils ne pourront plus tenir le langage du mépris. Il y en a même qui pensaient qu’on allait les pendre, faut-il être primaire ! Ce fut à Georges d’exprimer les conditions dans lesquelles nous entendions désormais travailler, ainsi que de rappeler les revendications particulières à notre Dt. Il s’y est employé de son mieux et a profité de cette réunion pour les présenter au grand jour ce qui n’est pas rien au regard des nouvelles libertés acquises. Les membres responsables de la section syndicale CGT du Dt 70. Les autres centrales en font de même. Georges se présentant présente aux élection comme membre secrétaire du syndicat à l’union locale de Boulogne. ! * * * Ainsi le travail reprend dans de meilleures conditions. Tout cela est bien, mais faute de vigilance, au fil des ans, la Direction est revenue petit à petit sur certains acquis, dans le domaine des libertés surtout. Georges, quant à lui, de membre dirigeant du syndicat CGT Renault, secrétaire de l’Union locale de Boulogne, est devenu lors d’un congrès, membre de la Commission exécutive CGT des Hauts de Seine. Avec ses nouvelles responsabilités et les nouvelles libertés syndicales il va donc élargir son champ d’action et individuellement s’enrichir de connaissances nouvelles, en allant aider à « monter » des sections syndicales da ! ns des entreprises ou elles n’avaient pas été constituées avant 1968. La formation de militants ainsi que de futurs délégués et déléguées fut aussi de ses responsabilités. Georges a fait son choix et il ne le regrette pas. Mais ce choix, il va le payer au prix fort : absence de promotion et de ce fait salaire au plus bas. Pour couronner le tout, en 1987 il fait partie de la troisième charrette qui présage la fermeture définitive de Billancourt. À quarante-trois ans, il est trop jeune pour la retraite, et pour retrouver un emploi, « trop vieux ». Ce qui est intéressant, c’est la façon dont la direction de Billancourt a mis en place un système destiné à légitimer les licenciements. La recette :
Nous sommes loin des acquis de mai 68. Les syndicats, comme le reste de la classe ouvrière, n’ont pas été assez vigilants pour conserver leurs acquits. Les forces vengeresses ont repris le dessus, mais de manière plus subtile. Les attaques ne sont plus frontales. Elles sont hypocrites, ne montrent pas leur visage. Les syndicats ont perdu de leur importance, donc de leur force. Nous sommes dans une Société qui conçoit l’homme différemment. Dans ces conditions, les plus faibles sont condamnés à mort. Le constat que l’on peut faire en 2007 ! 2009 en est la démonstration : Le nombre de SDF dans les rues ; Le nombre d’agressions et d’incivilités ; Les suicides chez Renault et Peugeot. Voilà où nous ont menés ces trente ans d’un combat qui aurait dû être quotidien pour ne pas laisser dominer ceux qui ont intérêt à ce que les dominés le restent. Les medias ont permis de rendre le fardeau moins lourd à d’autres hommes et d’autres femmes. À l’heure où plus personne ne sait ce qu’est ou ce que pouvait être un ouvrier d’usine, il pouvait être utile d’apporter un témoignage utile pour l’avenir, pour la jeunesse. |